Makingof

ATTENTION ! Cette (longue) page dévoile la création de «Canevas» et explique en détails son fonctionnement, donc si vous n’avez pas lu la bd, ne gâchez pas votre plaisir, lisez les chapitres en ligne via le menu ci-dessus, commandez la bande dessinée, lisez-la, et après seulement venez lire cette page. Merci de votre attention !


Nous sommes en 2016. A l’époque, je sors de la bande dessinée «Un Feutre dans ma Limonade» qui m’a pris deux années de travail et que j’ai publié sur un blog. Mon livre «Urbex» vient de sortir, et je me sens d’attaque pour une nouvelle bande dessinée.


A ce moment-là j’ai envie de faire quelque chose qui surprenne mon modeste «lectorat», habitué à de la bande dessinée autobiographique colorée (via mon blog «A Cup of Tim») ou des reportages photos/textes dans des lieux abandonnés (via mon site «Glauque Land»). C’est décidé, dans ce nouveau projet, il n’y aura ni l’un ni l’autre ! Enfin, pas trop. J’espère.

J’ébauche alors une histoire humoristique sur de minuscules extra-terrestres qui s’écrasent sur notre planète. En arrivant, leur vaisseau transperce le crâne d’un joggeur. Des promeneurs tombent sur le cadavre, préviennent la Police, tandis que les extra-terrestres tuent un des promeneurs, qui sont considérés comme des géants hostiles par les extra-terrestres. L’autre promeneur réussir à s’enfuir puis prévient d’autres gens. Au fur et à mesure, la zone est évacuée, et personne ne comprends pourquoi des gens meurent comme ça, tués par des rayons lasers semblant sortir du sol. L’armée arrive, c’est le bazar et tout prends des proportions de plus en plus gigantesques. A la fin, une explosion projette les extra-terrestres vers l’espace et ils réussissent à rentrer chez eux. Quelques titres de cette histoire me viennent : «Rififi», «Vacarme», «Jogging Blast» ou «Abacab» (chanson qu’écoute le joggeur au début de l’histoire).

Du côté des extra-terrestres, l’histoire est marrante, mais du côté des humains je trouve ça un peu fade. Je mets cette histoire de côté par désintérêt pour le fond, mais pour la forme, mais j’ai une idée : et si l’histoire était en couleur du point de vue des extra-terrestres (dessiné au feutre pour enfant, façon «Un Feutre dans ma Limonade», exemple ci-dessous) et en noir et blanc du point de vues des humains qui vivent une situation dramatique et inexplicable (façon «Urbex», exemple ci-dessous) ?


Je garde dans un coin cette idée de «couleur d’un point de vue A / noir et blanc d’un point de vue B» puis je note d’autres idées d’histoires courtes, comme ça, pour m’amuser, pour voir si je peux en faire quelque chose. L’une d’elle parle d’un pécheur et de sa fille qui trouvent une cinquantaine de poissons morts à la surface d’un étang. Ils en font un tas sur la rive, puis d’autres gens arrivent, et personne n’est d’accord sur quoi faire de ces poissons. Ça s’engueule, ça s’écharpe…

Une autre histoire parle de deux gamines qui font accidentellement sortir un démon de terre. Voyant qu’il est costaud, elles lui demandent de les aider à faire la quête aux habitants du village (en les menaçant de mort) afin d’amasser assez d’argent pour réparer le toit de leur école.

Une autre histoire parle d’un homme politique qui décide de se retirer du monde car il en a marre que des gens viennent lui reprocher de ne pas tout résoudre, tout bien gérer etc. Il avait de grands et beaux projets et se retrouve à s’occuper des chats coincés en haut des arbres, des querelles de voisinage, de tapage nocturne etc… Plongeant tout habillé (en costume, avec écharpe municipale et tout) au fond de sa piscine avec un grand tuba lui permettant de respirer, il refuse d’en sortir. Au fur et à mesure, des gens viennent tenter de le raisonner, et, réalisant qu’il a raison, plongent également. Le fond de la piscine se remplit alors de pages en pages. (Problème de cette histoire : comment l’homme politique peut-il parler avec un tuba ?)

Une autre histoire décrit deux filles discutant dans la maison de l’une des deux. Une des filles essaye de dire à l’autre qu’elle l’aime, mais à chaque fois elle est interrompue par le bruit d’un hélicoptère passant très bas au-dessus de la maison, ou son père qui joue de la guitare saturée très fort. Finalement elle décide d’écrire ça sur un bout de papier qui finit par s’envoler, et puis… Et puis je n’ai pas trouvé de suite.

Une autre histoire parle d’une voiture quittant la route à la campagne, et finissant suspendue au-dessus du sol. Pourquoi reste-t-elle fixe au lieu de finir sa course et s’écraser ? Parce qu’elle en a marre de ne servir qu’à aller d’un point A à un point B. Elle veut faire du standup et explique ça au conducteur (qui n’en croit pas ses yeux ni ses oreilles). La sortie de route s’étant passée au milieu de nulle part, l’homme part chercher de l’aide.




Plus tard, toujours en 2016, dans le train qui m’emmène à une séance de dédicaces, je griffonne un manoir s’envolant dans le ciel. Je garde ce croquis sous le coude au cas où, en me disant que si jamais j’en fais quelque chose, il faudra que cette chose ne ressemble pas trop à ce qui se passe dans «Le Château dans le Ciel». Je suis passionné par l’œuvre d’Hayao Miyazaki mais s’il y a bien quelque chose que je ne veux pas, c’est qu’on me taxe de copier ce que j’aime. Alors, un château qui s’envole, ok, mais tout le contexte sera différent. Et si le château parlait ? Et si il y en avait plusieurs ?


Puis vient 2017. Pas de bande dessinée cette année, car je travaille sur «Urbex Europe», la suite de «Urbex» que m’a commandé Arthaud. L’année 2018 est elle aussi consacrée à ce livre, qui est terminé à la fin de l’automne. En attendant la sortie de «Urbex Europe» début 2019, je ressort mes petites histoires humoristiques et imagine une sorte de recueil les combinant. Problème : il n’y a pas de fil rouge… Bon, ce n’est pas un si grand problème en soi, il existe de nombreux recueils d’histoires qui n’ont pas de lien entre elles, mais ça me gêne car c’est quand même plus intéressant si tout est plus ou moins relié, s’il y a une intention, un truc en plus qui fait que les lecteurs ou lectrices se disent «Ah ouais, pas bête.».

J’ai alors une petite idée : et si toutes ces histoires se passaient au même endroit ? Et si tous les personnages à qui il arrive ces histoires (le pêcheur et sa fille, les extra-terrestres miniatures, la voiture suspendue dans l’air etc) étaient tous plus ou moins proches les uns des autres géographiquement ? Et si je développais l’idée que dans une journée il peut se passer plusieurs choses loufoques, drôles ou dramatique dans une même zone ? Voilà une première idée de fil rouge. Un peu léger comme fil rouge, mais pourquoi pas ? Tout à coup je me souviens qu’un épisode des Simpsons a lui aussi comme principe de raconter plein de choses se passant en une journée à Springfield («22 Courts-métrages sur Springfield», diffusé en 1996). Je me dis que si je pars sur ce thème, il faut que la bd possède un truc en plus, pas juste une suite d’histoire connectée entre elles. Je dessine un brouillon de carte, ci-dessous :


Ci-dessous, la carte finale dans la bd :



En parallèle, à mes heures perdues en salle de pause au boulot, je réfléchis sur mon parcours : dès 2006, j’ai commencé à poster des bds sur Internet. Certaines ont par la suite été éditées aux Editions Lapin («Quotidien Survival», «Promenade» puis «Un Feutre dans ma Limonade») mais leur version web sont toujours là, en ligne. Pour les gens qui me suivent depuis le début, ces ouvrages ne sont qu’une retranscription papier (et tardive) de quelque chose qui existe déjà. En terme de publication papier, il n’y a jamais donc vraiment eu de surprise. C’était la même chose, mais «en vrai». Du moins c’est comme ça que je le ressens. Je ne me considère pas comme un «vrai» auteur mais comme un blogueur qui a eu la chance d’avoir une partie de son blog édité sur papier. Bien sûr, il y a les gens qui me découvrent via le papier, et pour qui c’est nouveau, mais je pense avant tout aux gens qui me suivent depuis longtemps.

Pour cette nouvelle histoire, j’ai envie que ça soit frais, nouveau et inattendu, et ce pour tout le monde. Pour autant, je n’ai pas envie de juste sortir la bd comme ça, boum. J’ai envie de la prépublier en partie. J’aime le principe des épisodes, créer du suspense, un mystère, susciter de la curiosité, quelque chose qui donnerait envie aux gens de commander la bd. La question est : créer quoi comme suspense ? Quoi montrer et quoi garder pour la version papier ? L’idée des histoires se passant au même endroit est marrante, mais on s’en rendra compte au bout de trois histoires. Admettons que je publie la moitié de la bd en ligne, il n’y aura pas de mystère dans la seconde moitié de la version papier. Un peu léger comme suspense.

J’ai envie que les lecteurs et lectrices commandent cette bd pour y trouver une solution, une sorte de réponse. Pas juste pour «lire la suite». J’ai envie qu’il y ait une implication, si possible émotionnelle. Quitte à ne poster que la moitié de la bd en ligne, l’autre moitié doit valoir le coup.

J’ai alors une idée : et si en arrière-plan de ces mini-histoires il y avait une autre histoire ? Cette «autre histoire» pourrait être le déclencheur de l’une d’elles, mais aussi figurer juste en arrière-plan d’une autre, en tout cas interférer via divers évènements… Au fil des mini-histoires (publiées sur le blog) on sentirait qu’il se passe quelque chose. Ça donnerait donc ça pour la version papier de la bd : une première moitié en couleur – prépubliée sur le blog – et une autre en noir et blanc – donc exclusive à la version papier. Pourquoi pas ?

J’ai alors une idée qui me semble amusante : et si tout était intercalé ? Et si la première mini-histoire en couleur (sur le blog) était le chapitre 2, puis la suivante le chapitre 4, puis la suivante le chapitre 6, et que l’histoire en arrière-plan était racontée (dans la version papier) dans les chapitre 1, 3, 5 etc ? Là on sentirait bien l’idée de «pendant que telle histoire se passe, une autre se passe juste à côté, dans une toute autre ambiance». Ça donnerait ça :


A ce moment-là, je saute de joie car c’est bon, je tiens mon pitch de prépublication sur Internet : «A travers ces mini-histoires, vous avez lu la moitié de la bd, mais dans la version papier vous attends l’autre moitié : une autre histoire, mystérieuse, dont vous ne savez rien, et qui explique pourquoi il se passe toutes ces petites choses étranges que vous avez aperçu dans les histoires en couleur… »

Ok, je tiens mon fil rouge, du moins une accroche, un mystère. Et le système de «couleur, noir et blanc, couleur etc» me semble marrant car il y aura une vraie surprise en découvrant la bd en papier, on passera d’une ambiance à une autre toutes les dix ou quinze pages. Est-ce que ce principe n’a pas déjà été fait avant ? Difficile à savoir, d’autant que, comme je veux garder l’effet de surprise, je ne sais pas trop à qui demander ça. La seule personne à qui je peux en parler, ce sont les Editions Lapin, du moins si le projet les intéresse. En tout cas, je suis heureux et un peu apeuré à l’idée de m’embarquer là-dedans. Je prends un risque, mais, ratée ou réussie, ma bd sera différente des autres, et ça, c’est pour moi le plus important.



Une idée de planning se met en place : une fois la dizaine de mini-histoires (chapitre 2, chapitre 4, chapitre 6 etc) publiées sur le blog durant une dizaine de semaines, je montre la couverture de la bd, et j’annonce sa sortie, en posant des questions aux lecteurs et lectrices : «Qu’est-ce qui a provoqué tel incident dans telle histoire ? Où allait tel personnages dans telle histoire ? Quel est le mystère qui relie tout ce que vous venez de lire ? La réponse est dans l’autre moitié de la bd…»

L’idée de commencer à publier cette bd en commençant par le chapitre 2 sans rien dire aux gens m’excite beaucoup. J’imagine les commentaires des gens : «Bah alors, il est où le chapitre 1 ?», puis une semaine plus tard «On passe du chapitre 2 au chapitre 4, c’est quoi ce bazar ?». Excitant !

A un moment, je me dis avec angoisse que certains vont me reprocher le côté mercantile de cette autre moitié que l’on ne peut connaître que si l’on commande la bd papier. A un moment je me dis aussi qu’au contraire, c’est amusant cette idée de solution, de réponse, et que, ce que l’on paye pour la version papier, c’est une vraie histoire qui tient d’elle-même, et qui serait graphiquement surprenante comparé à ce qui est sur Internet, et surtout, ça représente quand même la moitié de la bd, c’est presque comme si l’on en achetait une toute nouvelle, finalement. 100 pages couleur, 100 pages en noir et blanc, ça se tient ?

En fait, de mon côté je suis naïvement amusé de proposer une sorte d’expérience, de cultiver un mystère pendant une dizaine de semaines, puis de demander aux lecteurs et lectrices ce qui à leur avis provoque ce qui se passe en arrière-plan des mini-histoires. Durant cette expérience, on a le temps de s’attacher aux personnages, on peut lire et relire les mini-histoires gratuitement, imaginer des théories…

Vraiment, pour moi tout ça est juste amusant, mais il est difficile de ne pas penser aux éventuels râleurs ou râleuses qui ne verront que le côté commercial de l’expérience. Je me mets à imaginer d’éventuelles réponses au cas où on m’accuse d’être mercantile : oui la moitié de cette bd est gratuite, oui il faut payer si l’on veut connaître la «solution», mais toutes mes autres bds sont en ligne depuis des années, gratuitement, ça devrait suffire à prouver que je ne fais pas ça par pur intérêt commercial ?

En décembre 2018 je parle de cette idée aux Editions Lapin lors d’un festival bd. Comme nous sommes en festival et que tout va très vite nous n’avons pas trop l’occasion d’en parler, mais ça semble les intéresser. J’imagine que le côté «Il faut acheter la bd pour avoir la clé du mystère distillé pendant dix semaines sur Internet» n’y est pas étranger.

Quelques mois plus tard, je continue à bosser sur la bd, puis au début de l’été 2019, je rencontre alors Céline «Charlie» Voisin, à qui je souhaite présenter plus en détail la bd qui n’a pas encore de titre à l’époque. Je lui expose le principe de ces histoires en couleur publiées en ligne, puis de l’autre moitié de la bd que l’on découvre en commandant la bd. Résultat : cela lui plait beaucoup.

Fin 2019, après nous être vus quatre ou cinq fois sur Paris, le scenario a bien avancé. Je trouve un titre amusant : «Millefeuille». Malheureusement, le peu de gens à qui je demande ce que leur évoque ce mot me disent presque tous et toutes la même chose : ça leur évoque une pâtisserie lourde, étouffante, trop sucrée etc. Et ils ont raison ! Je n’ai pas envie que l’on dise cela de ma bd, et je trouve un autre nom bien plus intéressant : «Canevas», l’idée étant que les mini-histoires en couleurs sont des fils colorés, et que le canevas est la structure où sont reliés tous ces fils, autrement dit l’histoire en noir et blanc. Je regarde dans Google : pas de bd portant le même titre… Allez, on part pour Canevas ! Ci-dessous, des crayonnés :









Début Janvier 2020 le contrat est signé, et un gros travail d’affinage commence : certains personnages disparaissent pour aérer la bd, d’autres changent de chapitre, d’âge, de sexe ou de nom. Certains chapitres changent de place, un autre disparaît complètement, un nouveau est inventé, et après quelques dernière retouches, tout est là. Par rapport à ce que j’avais en tête, tout me convient. De nombreuses choses ont changé, pour le mieux, et pour ça il m’est impossible de ne pas remercier Charlie et Vanessa pour leur soutien, leur implication, leurs conseils et leurs encouragements. Ci-dessous, des recherches concernant le « personnage » d’Eglantine :




Si Eglantine est une maison inventée, les six autres maisons (Hyacinthe, Rose, Narcisse, Jasmin, Marguerite et Romarin) existent réellement, ce sont des maisons abandonnées que j’ai visité. A part Hyacinthe qui est identifiable (puisque c’est celui qui se prend un roquette à un moment) je n’ai pas décidé qui était Rose, Narcisse etc. A vous d’imaginer ! Pour visiter ces maisons, cliquez sur les liens suivants : Manoir Tryphon / Carcasse sous l’Autoroute / Maison à l’Hirondelle Rouge / Manoir du Beau Détour / Mysteria Lane / Pavillon aux Coccinelles.


Ci-dessous, des photos des six maisons. Cliquez dessus pour les explorer…








Par rapport à ma volonté initiale (pas d’autobio, pas de lieux abandonnés) je dois dire que j’ai craqué. Oui, il y a de l’autobio dans cette bd. Le personnage apparaissant dans la partie en noir et blanc pourrait très bien être moi vu ce qu’il fait. Il ne l’est pas, mais il serait hypocrite de nier qu’il est différent de celui que l’on voit sur les illustrations figurant dans «Urbex» et «Urbex Europe». Vraiment, là-dessus j’ai merdé, je retombe à pieds joints dans ce que j’aime dessiner. Une facilité ? Peut-être, mais les gens qui me suivent pour ce que je dessine ne sont peut-être pas au courant de ma passion pour les maisons abandonnées, et cette partie noir et blanc pourra très bien être une surprise. Pour les gens qui me suivent, en revanche, je crains un peu une légère déception, même si je pense proposer autre chose que «juste» de la maison abandonnée avec ce qui se passe dans cette partie. Enfin bon, la moitié de la bd n’est pas autobio et ne parle pas de lieux abandonnés, c’est déjà ça.

Durant le confinement du printemps 2020, la bd avance bien. Je fais les crayonnés des quatre premières histoires en couleur, et la réalisation à proprement parler de la bd commence début juillet. Les chapitres naissent au fil des semaines, et la partie couleur est terminée mi-octobre. La deuxième moitié d’octobre se passe à faire une couverture temporaire, dont je ne suis pas très satisfait, mais, pas grave, c’est du temporaire. Ci-dessous, le crayonné de la couverture temporaire, et à côté le crayonné d’intention de la couverture finale.


Début novembre, je commence à dessiner la partie «noir et blanc», ou partie «impaire», ou partie «Eglantine». Si j’étais un peu terrorisé à l’idée de réaliser cette partie de la bd (80 pages en quatre mois, des pages qui mettent du temps à être dessinées, pas faciles à retoucher ou modifier), je suis surpris à quel point ça se passe finalement bien, et même très bien, car ça ressemble exactement à ce que j’avais en tête en faisant le storyboard, ci-dessous :






Durant cette période j’arrive à faire une page par soir et ça avance bien. Une fois le premier chapitre de cette partie bouclé je me sens fier de moi, et j’ai l’impression avec cette partie que je vais vraiment «donner à manger» à mes lecteurs et lectrices en terme de dessin. Autant j’adore dessiner en couleur avec les feutres, autant je suis ravi à l’idée que les gens passeront un peu plus de temps à apprécier les détails de la partie «Eglantine», et que l’effet de surprise sera là.

Oui, quand les gens auront «Canevas» entre les mains, j’espère qu’ils feront «Waouh, ah ouais ok ça rigole pas.» Je me fais violence pour calmer cet enthousiasme naissant, et ce n’est pas facile tellement je suis content de ce que je suis en train de réaliser. Je pense aux gens qui me disaient depuis quelques années «Alors, à quand une bd d’urbex ?» et j’ai le sentiment que ça va plaire. Je me trompe peut-être, je sais pas. En tout cas je suis très heureux que tout ça prenne bien vie.

Après ça, je fais les crayonnés des quatorze autres pages de la partie «Eglantine» mais je dois m’arrêter car on me demande de faire la vraie couverture. Je fais une nouvelle proposition qui reprends le principe de la couverture temporaire, mais avec un truc en plus : un fil rouge qui évoque les liens entre les différents personnages. Je passe une journée à faire les crayonnés des tableaux, et j’en suis très heureux. Le lendemain je colorie le tout et on arrive au résultat ci-dessous. Le résultat me plait beaucoup, surtout que l’idée est que les cadres et tout ce qui est texte sera imprimé en doré ou en cuivré :


Arrivé fin décembre 2020, j’en suis à 150 pages sur environ 200. Il reste encore pas mal de pages à faire et je stresse un peu. Arrivé fin février, j’en suis à 176. Toujours un peu de stress mais le résultat est si cool ! Niveau publication en ligne, le blog est prêt, et je me demande comment les gens vont réagir en découvrant que le premier chapitre est le «Chapitre 2» !

Début mars, début de la publication en ligne. Au fil des quatre premières semaines ça ne prend pas trop comme je l’espérais, et c’est un peu normal : aujourd’hui, très peu de gens cliquent sur des liens, que ce soit pour lire des articles, des chapitres etc. Les choses qui marchent le mieux sont celles où tout est déjà «dans» le réseau social, comme les strips en plusieurs cases sur Instagram ou Twitter. Tant pis. Je continue à poster tout en continuant de dessiner la partie «Eglantine», qui est terminée fin mars.

Puis on me propose une préface en début de bd, écrite par Lorraine-les-Bains, dont j’avais adoré la bd «Waldo». J’accepte sans hésiter, et à la toute fin de ce mois de mars le fichier final part à l’impression. Plus qu’à attendre, tout en continuant de poster la partie «couleur» dont le dernier chapitre sera publié fin avril. Quelques jours plus tard je lis la préface écrite par Lorraine-les-Bains, et ça fait vraiment chaud au cœur.

Début Avril je me mets à imaginer comment je vais annoncer début Mai (en postant la couverture et des liens pour la précommander) que « Canevas » contient une autre bd, inédite et (soyons fous) qui surprendra. Un mois pour imaginer comment annoncer ça, j’ai le temps. Alors je me mets à scanner tout plein de croquis et à faire le makingof que vous êtes en train de lire.

Le lundi 26 avril, le dernier chapitre couleur est publié sur Internet, et j’annonce que la bd papier qui sortira le 14 mai contiendra une partie «surprise», la partie «impaire». L’annonce ne semble pas passionner grand monde, ce qui m’attriste un peu, mais tant pis. Je me console en me disant qu’après tout, quand la bd sortira, les choses changeront un peu. Et il y a aussi les gens qui découvriront la bd sans n’avoir rien lu sur Internet. Quelles seront leurs réactions, à eux ? Aucune idée.

Enfin, la bd sort le 14 mai, et je suis très heureux de découvrir la bd entre mes mains après tous ces mois à avoir sué sang et eau. Au fil des jours, les réactions sont bonnes, voire très bonnes, et la joie ne me quitte plus. Je tombe aussi sur de très belles (et longues) critiques qui me confortent dans le fait que c’était une bonne idée de faire cette bd.

La suite de ce makingof, c’est en quelque sorte la « Revue de Presse » où vous pourrez lire des critiques et réactions postées en ligne à la suite de la bd. Cliquez ici pour les lire !

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